La légende de Bodhidharma - Terre Spirituelle

mai 15, 2021 8 Temps de lecture

Connais-tu la légendaire Histoire du Bodhidharma ?

Le Patriarche du Chan, fondateur du zen et du qi gong.

bodhidharma

Entre le 5ème et e 6ème siècle apparut dans le sud de la Chine un moine qui débarquait dans d'un navire venant de l'inde, la Terre Sainte du Bouddhisme. La nouvelle de l'arrivée de ce bonze étrange galopait devant lui sur les routes de l'empire du milieu. Il ne ressemblait pas à ses prédécesseurs émaciés et délicats qui étaient venus prêcher les quatre nobles vérités du bouddha. Son allure était des plus patibulaires, avec une taille imposante, un gros crâne dégarni, un visage auréolé d'une broussaille de sourcils et d'une barbe hirsute, de longues oreilles ornées d'un anneau, de grands yeux ronds d'un bleu perçant. Il ne transportait aucun rouleau des sutras, ne prêchait pas, était peu loquace.

peinture bodhidharma

Il cheminait à grands pas, comme s'il était porteur d'un message. Son nom de religieux était Bodhidharma, "l'enseignement de l'éveil".

Il se disait qu'il était fils d'un roi de l'inde, disciple d'un maître d'une prestigieuse lignée qui remontait à Kashyapa, le disciple préféré du Bouddha. On raconte en effet qu'alors que le bienheureux était sur le mont des vautours, entouré de la foule de ses disciples, il cueillit la fleur Udumbara qui ne pousse qu'une fois tous les 3000 ans.

Tous les adeptes de la Voie, assoiffés de vérité, attendaient qu'il laissa couler de sa bouche le nectar de ses paroles sublimes.

Mais l'éveillé se contenta ce jour là de faire tourner la fleur entre ses doigts de jade. Chacun demeura de marbre devant ce geste énigmatique. Seul Kashyapa eut le visage transfiguré par un sourire rayonnant. Alors, bouddha enfin le lotus de ses lèvres pour déclarer : 

-Kashyapa a compris mon message. Lui seul a reçu l'Œil de la Vérité, l'ineffable esprit du Nirvana, l'enseignement sans forme de l'illumination soudaine. 

L'empereur Wudi, fondateur de la dynastie Liang, était un fervent bouddhiste et un soutien zélé de la nouvelle religion. Il invita le moine indien à sa cour.

Le souverain accueillit le vénérable et lui dit :

-Depuis le début de mon règne, j'ai bâti de nombreux temples, fait traduire les précieux sutras et entretenu des milliers de moines. Combien de mérite ai-je accumulés?

-Aucun, répondit abruptement Bodhidharma.

-Pourquoi donc ?! demanda l'empereur estomaqué.

-Vous n'avez accompli, majesté, que es actes mondains qui allégeront sans doute votre karma, mais vous êtes loin d'avoir accompli un geste véritablement méritoire. Vous n'avez poursuivi que des ombres sans vous tourner encore vers la pure sagesse qui est au delà des formes et de l'intellect.

-Quelle est donc la Suprême Vérité de la Sainte Doctrine ?

-Vaste vide dans lequel rien ne puis être nommé saint.

De plus en plus désorienté, le fils du ciel s'aventura encore à demander :

-Qui donc se tient devant moi?

-Je ne puis le dire, répondit Bodhidharma avant de prendre congé du souverain plongé dans un abîme de perplexité.

Ce dialogue de sourd fit grand bruit. Jamais aucun moine n'avait tenu de tels propos à l'empereur, mais, bon prince et pieux bouddhiste, il ne lui en tint pas rigueur. Il ne tenta pas de le retenir et le laissa déambuler dans son royaume.

L'énigmatique étranger savait que sa mission était ailleurs. Suivant les dernières instructions de son maître et sa propre intuition, il marchait vers le nord.

En chemin, il s'arrêta dans la ville de Nanjing au milieu d'une foule qui buvait les paroles d'un moine chinois prêchant le Dharma, l'enseignement du bouddha. Il l'écouta à son tour, ponctuant le discours de signes de tête désapprobateurs. Le prédicateur, orateur réputé, en prit ombrage. Ancien général et redoutable guerrier, il ne put contenir sa colère et s'empara de son grand chapelet à grosses boules pour frapper le crâne du provocateur. Bodhidharma esquiva l'attaque de justesse mais eut néanmoins eux dents cassées. Il se contenta de sourire et d'essuyer d'un revers de manche le sang sur sa barbe puis s'éloigna sans rien dire.

Le moine chinois, du nom de Shen-guang, resta interdit un long moment, surpris par l'attitude de l'étranger, mais encore plus par sa propre réaction, lui qui prêchait la compassion... Pris de remords, il décida finalement de rejoindre la victime de sa colère et lui demander pardon.

Il rattrapa Bodhidharma sur la rive de Yang-tsé. Il le vit aborder une vielle paysanne qui portait un fagot de roseaux et lui en demander un. Le vénérable posa la tige sur l'eau, monta dessus et, par la seule force de son ki, son énergie interne, fit glisser son frêle esquif sur le fleuve.

peinture Bodhidharma flottant sur les eaux à l'aide de son ki - énergie interne

Shen-guang s'empara sans ménagement du fagot de la vielle, le jeta dans les flots et sauta dessus pour suivre le voyageur. Il coula à pic. L'ancien général vit alors apparaitre sous les eaux un démon grimaçant qui empoigna sa robe et le tira vers le fond.

démon japonais

-Que faites-vous ?! Lâchez moi ! s'écria le moine en se débattant.

-Le roi Yama m'a envoyé vous chercher pour comparaître au Tribunal des Enfers. Tous ceux que vous avez tués sur les champs de bataille ont déposé plainte contre vous et réclament justice.

Saisi d'effroi, Shen-guang supplia l'infernal esprit de le relâcher :

-Laissez moi, c'est une erreur judiciaire ! Je me suis libéré de mon karma car je me suis converti au Dharma. Je suis devenu un serviteur du Bouddha, je suis sous sa protection !

Ah, ah, ricana le démon, seul celui qui a obtenu l'éveil suprême est libéré du samsara et peut atteindre les rives du Nirvana.

Le moine appela le bienheureux et fit le vœux de rechercher l'illumination véritable pour le salut de tous les êtres. C'est alors qu'il se réveilla sur la berge, recrachant l'eau de ses poumons. La vielle était penchée sur lui. Elle l'avait tiré du fleuve en le crochetant avec une branche. Il la remercia s'excusa de l'avoir bousculé pour s'emparer de son fagot et désira qu'il désirait plus que tout se libérer du cycle Infernal des morts et des renaissances.

Dans un grand éclat d'un rire de Jade, elle s'écria :

-Seul le Bouddha vivant édenté connait le chemin qui mène au Nirvana !

Puis la vielle se métamorphosa sous ses yeux en une jeune fille d'une beauté surnaturelle et disparut sous une pluie de fleur au parfum enivrant. C'est ainsi que le rescapé comprit qu'il avait été sauvé par Kwan-yin n personne, la bodhisattva e la Compassion, et qu'il lui fallait coûte que coûte devenir le disciple du moine Indien. Le fagot de roseau flottait près de la berge, l'invitant à l'emprunter. Il y posa de nouveau les pieds et fut transporté sans encombre sur l'autre rive.

Bodhidharma roseau et la vielle

Bodhidharma pénétra dans la province du Henan, gravit les pentes du mont Song et entra dans le monastère Shaolin. Il jeta un coup d'œil dans le sanctuaire sans prononcer un seul mot et les moines médusés le virent en ressortir aussitôt pour gagner les hauteurs. Il s'assit en méditation dans une grotte, face à la paroi rocheuse. C'est là que le retrouva Shen-guang. Le moine repentant attendit patiemment que le maître édenté lui montra son visage, mais après plusieurs jours, le vénérable lui tournait toujours résolument le dos.

bodhidharma_chan_zazen-shen guang-grotte

Il finit par rompre le silence pour lui demander pardon et le prier de l'accepter comme disciple. Bodhidharma ne daigna pas répondre. Le candidat à l'éveil décida malgré tout de rester auprès de lui, de le servir, de garder l'entrée de la caverne contre les bêtes sauvages et les bandits. De temps en temps, il renouvela sa demande, mais l'intraitable méditant demeurait silencieux. Des mois passèrent ainsi.

Il arriva qu'au cours de sa méditation, le bonze indien, qui fixait toujours le mur, ne put garder les yeux ouverts et sombra dans le sommeil. Il se réveilla en sursaut, prit un couteau et se trancha les paupières, qu'il jeta à l'entrée de la grotte. À cet endroit poussèrent deux boutures d'un arbuste inconnu. Ce serait l'origine du thé, la plante de l'éveil qui soutient depuis longtemps les moines dans leurs longues séances de méditation. 

Par un jour d'hiver où la neige tombait dru et recouvrait de son manteau le pénitent frigorifié à l'entrée de la grotte, il renouvela sa demande. C'est alors que Bodhidharma desserra pour la première fois les dents :

-Je te transmettrais le dharma le jour où il tombera de la neige rouge ! 

Shen guang prit son épée qu'il cachait encore sous sa robe et se trancha l'avant bras gauche. Les gouttes de sang projetées dans les airs gelèrent et des flocons pourpres dansèrent dans le vent.

bodhidharma-le sacrifice de shen guang - avant bras- grotte

Le mutilé déposa son membre sous les yeux de Bodhidharma en signe de repentance et de détermination. Son offrande fut agréée et le patibulaire moine sans paupières accepta enfin de le prendre pour disciple. Il lui donna le nom religieux de Huiké.

Ne vous projetez pas à l'extérieur,

Ne vous retirez pas à l'intérieur,

Quand votre esprit sera aussi immuable qu'un mur,

Vous entrerez dans la voie.

Bodhidharma

Huiké, suivant les instructions du moine indien, fit zazen à côté de lui. Après des jours de méditation, il finit par lui dire :

-Maître, mon esprit ne trouve toujours pas le repos.

-Montre-le-moi, répondit Bodhidharma, et je le pacifierais !

-Je ne peux le saisir…

Faisant frissonner les parois de la caverne avec un grand éclat de rire, l'énigmatique vénérable s'écria :

-Alors je l'ai pacifié ! 

Et le disciple connut son premier éveil.

 

La légende affirme que le moine indien médita pendant neuf ans devant le mur de roche. Sa concentration fut si intense qu'il parvint à entendre le chant des fourmis et qu'il laissa l'empreinte de son image dans la pierre.

mur bodhidharma

Au terme de son ascèse, il accoucha d'un nouvel enseignement adapté aux contrées de l'Est. Il devin ainsi le premier patriarche du Chan, plus connu sous le nom japonais de Zen.

Les moines Shaolin, impressionnés par l'ascèse de "Celui qui se tenait devant le mur.", lui ouvrirent les portes de leur monastère et il y enseigna non seulement le zazen, la méditation assise, mais aussi le ritsu-zen, la méditation debout et en mouvement.

bodhidharma kung fu qi gong

S'étant rendu compte que les bonzes étaient devenus d'impénitents intellectuels dissertant sans fin sur les sutras, il les exhorta au travail manuel jusque-là dévolu aux frères lais. Il élabora aussi, avec l'aide de Huiké l'ancien guerrier, des exercices mêlant le yoga et les arts martiaux indiens et chinois, afin d'harmoniser le corps et l'esprit. C'est ainsi que Shaolin devint également l'un des berceaux du qi-gong et du kung-fu. La réputation de Bodhidharma et de son enseignement révolutionnaire attira des adeptes de tout l'empire du Milieu. Des fanatiques sectaires, zélateurs d'autres écoles philosophiques ou religieuses, en prirent ombrage et décidèrent d'éliminer ce rival encombrant. Il y eut plusieurs tentatives d'assassinat. Il arriva que le patriarche fut empoisonné et qu'il dut son salut en transférant le mal à n rocher par le pouvoir de son ki, son énergie interne. Sous la décharge, le roc se fendit en deux et le miracle ne fit que grandir l'aura du moine indien que l'on tenait désormais pour un bouddha vivant.

bodhidharma energie vitale ki

Sentant que sa mission était achevée et désireux de retourner vers l'ouest, Bodhidharma réunit ses quatre disciples les plus avancés. Il leur demanda d'exprimer leur compréhension ultime du dharma.

Tao-fu prit la parole en premier :

-Le Tao, la voie, est au delà des mots, de l'affirmation et de la négation.

-Tu as ma peau, déclara le maître.

La nonne Tsung-chih déclara : 

-Selon moi, c'est comme le glorieux coup d'œil que jeta Ananda sur le royaume du bouddha Aksshobhya. Il suffit de le voir une seule fois.

-Tu as ma chair.

Tao-yu expliqua ensuite :

-Vides sont les quatre éléments, irréels sont es cinq agrégats de l'existence. L'Esprit est insaisissable.

-Tu as mes os.

Vint le tour de Huiké. Il se prosterna devant le maître, sans prononcer le moindre mot.

-Tu as ma moelle, dit alors Bodhidharma qui le choisit comme successeur.

C'est ainsi que le disciple manchot devint le second patriarche du Chan. Et en souvenir de lui et de sa détermination sans faille, les moines de Shaolin continuent de n'exécuter le gashô, la salutation bouddhique, qu'avec la main droite.

Une transmission spéciale, en dehors des sutras.

Aucun attachement aux paroles, ni aux écrits.

Se tourner directement vers son propre esprit.

Contempler sa nature véritable et devenir Bouddha.

Bodhidharma.

statue de bodhidharma


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