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Top 10 Histoires de Sagesse - Partie 3

  1. L'Âne et le Puits

  2. Vielle Légende Hindoue (Sur le pouvoir de l'homme)

  3. Un amour pur

  4. Le Maître Zen et la tasse de Thé

  5. Le voyage du Tailleur de Pierre

  6. Le Travail d'équipe

  7. Le musicien du Lac de Grues

  8. Le Rêve du Papillon

  9. Le Voleur de Hache

  10. La Pilule de l'Eveil 

L'âne et le puits

Un jour, l'âne d'un fermier est tombé dans un puit. L'animal gémissait pitoyablement pendant des heures et le fermier se demandait quoi faire.
Finalement il à décidé que l'animal était vieux et que le puit devait disparaître de toute façon. Ce n'était pas rentable pour lui de récupérer l'âne.
Il invita tous ses voisins à venir l'aider.
Ils ont tous saisi une pelle et on commencer à enterrer l'âne dans le puit.
Au début, l'âne à commencé à réaliser ce qu'il se passait et à crier terriblement. 
Puis à la stupéfaction de chacun, il s'est tu.
Quelques pelletés plus tard, le fermier a finalement regardé  ce qu'il se passait dans le fond du puit et a été étonné de ce qu'il a vu.
Avec chaque pelleté de terre qui tombait sur lui, il faisait quelque chose de stupéfiant.
Il se secouait pour enlever la Terre de son dos et montait dessus.
Pendant que les voisins du fermier continuaient à pelleter sur l'animal, il se secouait et montait dessus.
Bientôt, chacun était stupéfié que l'âne soit hors du puit et se mit à trotter. 
La vie va essayer de t'engloutir de toutes sortes d'ordures, le truc pour se sortir du trou est de se secouer pour avancer.
Chacuns de tes ennuis est une pierre qui te permet d'avancer.
Nous pouvons sortir des puits les plus profonds en n'arrêtant jamais. Il ne faut jamais abandonner. Secoue toi et fonce !
 
 

Vielle Légende hindou sur le pouvoir de l'homme

Une vieille légende hindou raconte qu'Il y eut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Mais ils abusèrent tellement de leur divinité que brahma décida de leur ôter leur pouvoir divin et de le cacher dans un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Le grand problème fut donc de lui trouver une cachette. 
 
Lorsque les  Dieux furent convoqués à un Conseil pour résoudre ce problème,  ils proposèrent ceci:
- Enterrons la divinité de l'homme dans la terre.
Mais brahma répondit:
- Non cela ne suffit pas, car l'homme creusera et il la trouvera.
 Alors les divinités répondirent:
- Dans ce cas jetons leur divinité dans le plus profond des océans.
Brahma répondit à nouveau:
- Non, car tôt ou tard l'homme explorera les profondeurs de tous les océans et il est certain qu'un jour il l'a trouvera et la remonter à la surface.
Déconcertés les dieux proposèrent:
- Il ne reste plus que le ciel, cachons la divinité de l'homme sur la Lune.
Mais Brahma répondit encore:
- Non un jour l'homme parcourra le ciel, ira sur la Lune et la trouvera.
Les dieux conclure
- Nous ne savons pas où la cacher, car il ne semble pas exister sur terre, dans la mer ou dans le ciel d'endroit que l'homme ne puisse atteindre un jour.
Alors Brahma dit:
- Voici ce que nous ferons de la divinité de l'homme: nous la cacherons au plus profond de lui-même. Car c'est le seul endroit où il ne pensera jamais à la chercher.
Depuis ce temps là, conclut la légende: l'homme a fait le tour de la Terre. Il a exploré, escaladé, plongé, volé et creusé. Exploré la Lune et le Ciel à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui.
 

Un Amour Pur

Il était une fois un homme très pauvre qui vivait avec son épouse. Un jour son épouse qui avait de longs cheveux lui demanda de lui acheter un peigne pour parvenir à se coiffer. 
L'homme très désolé lui dit qu'il n'avait même pas assez d'argent pour réparer le bracelet de sa montre qu'il venait de casser. Émue elle aussi, elle n'insista pas pour sa demande. 
L'homme alla à son travail en passant chez l'horloger et lui vendit sa montre abîmée à bas prix et s'en alla acheter un peigne pour son épouse. Le soir il revint à la maison le peigne dans la main prêt à l'offrir. 
Quelle fût sa surprise lorsqu'il vit que son épouse s'était coupé les cheveux très courts. Elle les avait vendu et tenait en main un bracelet de montre. Des larmes coulèrent simultanément de leurs yeux. Non pas pour l'inutilité de leurs actes. Mais pour la réciprocité de leur amour.
 

Le maître ZEN et la tasse de thé

Nong Hin, un maître japonais du 15e siècle reçut un jour la visite d'un professeur d'université américaine qui désirait s'informer à propos du zen.
Pendant que Nong hin, silencieusement préparait du thé, le professeur étalait à loisir ses propres vue philosophiques. Lorsque le thé fût prêt, Nong hin se mit à verser du breuvage brûlant dans la tasse du visiteur tout doucement. 
L'homme parlait toujours et Nong hin continuait à verser le thé jusqu'à ce que la tasse déborde. Alarmé à la vue du thé qui se répandait sur la table, le professeur s'exclama:
- Mais la tasse est pleine! Elle n'en contiendra pas plus.
Tranquillement Nong hin répondit:
- Vous êtes comme cette tasse, déjà plein de croyances et d'idées préconçues. Comment pourrais je vous parler du zen? Pour pouvoir apprendre, commencez par vider votre tasse.
 

Le Rêve du Papillon

Par un bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s’était aventuré sur les sentiers escarpés de la Vallée profonde où un vieux sage dénommé Tchouang-tseu  avait élu domicile. 
Le jeune mandarin, brillant lettré fier d’avoir passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprès du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l’espoir de respirer l’effluve de l’Indicible.
La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et découvrit Tchouang-tseu endormi à l’ombre d’un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et le sage ouvrit les yeux.
-Ô Maître, pardonnez moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin pour vous interroger sur le Tao.
-Je ne sais pas si je pourrais répondre, répondit Tchouang-tseu en se frottant les yeux.
-Vénérable, votre modestie vous honnore.
-Cela n’a rien à voir, non. A vrai dire je ne sais plus rien, je ne sais même plus qui je suis !
-Comment est-ce possible demanda le mandarin interloqué.
-Oh c’est très simple, reprit le vieux Taoïste, l’air songeur. Figurez vous que tout à l’heure en dormant, j’ai fait un rêve étrange. J’étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-seu ayant rêvé qu’il était un papillon ou un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu !
Et le conseiller du Roi de Wou, bouche bée, s’inclina profondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l’espoir d’en tirer le suc.

 

Le Voyage du Tailleur de Pierre

Le Voyage du Tailleur de Pierre
Un tailleur de pierre fort habile vivait au pied d'une montagne. Il avait le don pour choisir les meilleures blocs de la carrière, les extraire en un tour de main et les tailler avec adresse. La maîtrise de son art lui valut une belle réputation qui fut colportée jusqu'au chef-lieu du canton. Un riche commerçant lui fit venir pour lui commander des marches de grès rose afin de remplacer son vieil escalier de bois vermoulu. Pendant son travail, le tailleur eu tout le loisir d'apprécier la splendide demeure du bourgeois, ses meubles de bois précieux, ses mets plantureux, ses nombreux serviteurs, sa femme et sa concubine pomponnées dans leurs robes de soie.
Quand l’artisan rentra chez lui, le contraste fut si saisissant qu'il en eut du vague à l'âme. Malgré son talent, il s'éreintait pour parvenir à nourrir tout juste sa nombreuse descendance. Il était condamné à vivre dans une masure étroite et enfumée, à manger du gruau de riz en compagnie de sa femme mal fagotée. Au milieu de leur bruyante marmaille. Jamais il n'aurait la belle vie du bourgeois !
Le lendemain, le tailleur de pierre partit pour la montagne. N'ayant plus le cœur à l'ouvrage, il quitta le sentier qui conduisait à la carrière et grimpa celui qui menait à la cabane de bambou d'un taoïste. Le vieil Anachorète, que l'on disait immortel et magicien, lui servit une tisane douce-amère et lui demanda quel tourment l'avait conduit jusqu'à sa modeste retraite. L'artisan lui conta sa visite chez le bourgeois et, à la fin, se lamenta sur son sort.
-Qui a perçu l'illusion de ce monde mouvant, répondit le sage, qui s'est ouvert au Tao, ne voudrait pas échanger sa hutte contre un Palais. Mais comment renoncer à ce qu'on ne connait pas?
Et le vieillard esquissa de la main une manière d'idéogramme, tout en murmurant quelques mots impénétrables.
le tailleur de pierre se retrouva aussitôt à la place du riche commerçant, dans sa somptueuse maison ornée d'un nouvel escalier de grès rose ! Il ne se posa plus de questions et se hâta de croquer à pleines dents cette vie opulente et douillette.
Quelques jours après, alors qu'il flânait dans la rue principale de la bourgade, le tailleur vit la foule s'écarter pour laisser passer un cortège. C'était le préfet en tournée d'inspection, confortablement installé dans un palanquin doré, entouré de ses laquais et de ses gardes rutilants. L'homme des montagnes, tout ébahi, resta au milieu du passage à contempler le spectacle, obligeant ainsi la procession à s’arrêter. Les gardes se ruèrent sur lui et présentèrent au mandarin le fâcheux qui avait eu l’outrecuidance d’arrêter son palanquin. Le dignitaire furibond, le condamna à recevoir cent coups de bâtons et à payer cent taels d'argent. On n'outrage pas ainsi le représentant du fils du ciel !
Notre tailleur de pierre regretta alors de ne pas avoir souhaité plutôt être préfet. et il se retrouva aussitôt dans le palanquin doré !
Quand il découvrit le palais du mandarin, le tailleur de pierres n'en cru pas ses yeux. Bois laqués, statuettes de Jade et d'ivoire, met raffinés, concubines envoûtantes dans leurs délicates robes de satin, tout ce luxe lui faisait tourner la tête. Au comble du bonheur, il pensa qu'il était parvenu au royaumes des immortels. 
Mais notre dignitaire qui n'avait pas l’expérience de son prédécesseur, reçut un jour une convocation à la cité interdite où il fut signifié que son altesse Impériale, ayant de nombreuses plaintes à son sujet, le démettait de ses fonctions et l'envoyait combattre les barbares du Nord.
Notre tailleur de pierre regretta de ne pas être empereur. Là, au moins, il n'aurait pas de comptes à rendre à personne et il serait maître du monde. Il jouirait d'ailleurs du plus grandiose palais que des yeux mortels puissent contempler.
Et par le pouvoir du Taoïste de la montagne, le tailleur de pierres se retrouva assis sur le trône impérial.
Le nouvel empereur, ne comprenant pas grand-chose à l'argot diplomatique, laissa ses ministres gouverner à sa place. Il préféra jardiner dans le parc délicieusement paysagé de la Cité interdite et se prélasser sur les divans accueillants du gynécée. Et le tailleur de pierre dans son innocence avait mis en pratique, sans le savoir le précepte de Lao-Tseu : Par la vertu du non-agir, l'ordre naturel se maintient.
Mais on ne s'improvise pas impunément Fils du Ciel et sans doute négligea-t-il quelque rite ancestral qui maintenait l'harmonie entre le ciel et la terre. Une terrible sécheresse s’abattit sur l'empire du milieu. Les cours d'eau et les étangs furent à sec, les sources et les puits se tarirent. Même à l'ombre des murs du jardin de la cité interdite, la chaleur caniculaire fit des ravages.
Sous le soleil de plomb, les pivoines, les roses, les orchidées, les bambous et les bosquets nains moururent de soif entre le mains attendries de l'empereur. Le souverain le plus puissant du monde comprit que l'astre solaire lui était supérieur. Et le tailleur de pierre regretta ardemment de ne pas trôner à sa place dans le ciel.
De sa lointaine montagne, le vieux taoïste capta aussitôt sa pensé car, soudain, le tailleur de pierre insatiable se pavanait sur la voûte céleste. De la il pouvait imposer son pouvoir à toute la surface de la terre, caresser et faire chanter la diversité des paysages, des choses et des êtres. Et sans cesse admirer son oeuvre renouvelée. Jusqu'au jour où les nuages revinrent. Tout d'abord il fut borgne, puis complètement aveugle. Il ne pouvait plus jouir du spectacle qu'il créait. Il enragea. Le nuage, cette vapeur inconsistante était donc plus puissant que lui, fournaise ardente. Il regretta de ne pas être à sa place.
Le sage de la montagne exécuta son petit tour de passe-passe et nottrre tailleur de pierre se retrouva nuage. Il fit quelque temps la nique au soleil, lui triant non-chalament son ecran de fumée. Mais il fut bientôt emporté par un grand courant d'air taciturne qui le balança dans les 6 directions, l'effilocha, le déchira. il était sans force entre les mains du vent, plus puissant, le plus insaisissable de l'Univers. Il regretta de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Par le pouvoir du vieux sage, le tailleur de pierre fut souffle de vent. Il prit de la vitesse, de la vigueur, se mua en un redoutable ouragan. Il jouait à reverser les arbres, à souffler les toitures, à faire crouler les murs. Il fut arrêté par une haute montagne. Il s'acharna sur elle, tenta de l'ébranler, de la déraciner, de l'escalader. Rien, n'y fit. Il s’essouffla. Il avait donc trouvé plus fort que  lui. Il souhaita être montagne. Et par la magie du Tao, le Tailleur de pierre fut un pic Altier, couronné de nuages.
Il était inamovible et insensible à la neige et aux rayons du soleil. Il pensait avoir atteint a félicité suprême d'un immortel. Mais il sourcilla, manifestant une petite gêne. L'un de ses orteils le démangeait et il ne pouvait pas se gratter ! Comme c'était agaçant ! Insupportable, même ! Il remarqua enfin, à travers une trouée de brume, un humain minuscule, un misérable mortel, qui tenait à la main une masse. C'était un petit tailleur de pierre, un moins que rien qui lui sapait le moral ! Il n'y avait rien de plus puissant au monde que ce pauvre type...
Et après le voyage magique que lui fit faire le sage, le tailleur de pierre se retrouva dans sa carrière au pied de sa montagne. Il admira le paysage comme si se jambes ne l'avaient pas porté jusque-là. Puis il se mit à l'ouvrage chantant à tue-tête. Le soir, il rentra chez lui, embrassa avec plaisir sa femme et ses enfants qu'il trouva plus beaux et plus vrais que les courtisans. Et plus jamais il ne se plaignit de son sort.
 
Ne cherche pas le bonheur dans le verger de ton voisin.
Creuse plutôt à l’intérieur de ton jardin.

Le Travail d'équipe

vol en v des oies sauvages
Lorsque les oies volent en formation, elles vont environ 70 % plus vite que lorsqu'elles volent seules. Les oies partagent la direction. Lorsque la meneuse fatigue, elle reprend sa place dans le V et une autre prend la tête. Les oies tiennent compagnie à celles qui tombent. Lorsqu'une oie malade ou faible doit quitter la formation de vol, au moins une autre oie se joint à elle pour l'aider et la protéger. En faisant partie d'une équipe, nous aussi nous pouvons faire beaucoup plus et beaucoup plus rapidement. Les mots d'encouragement et d'appui (comme les cris de l'oie) contribuent à inspirer et à stimuler ceux qui sont en première ligne, les aidant à soutenir le rythme, les tensions et la fatigue quotidienne. Il y a enfin la compassion et l'altruisme envers ceux qui appartiennent à l'ultime équipe que représente l'humanité... La prochaine fois que vous verrez une formation d'oies, rappelez-vous que c'est à la fois un enrichissement, un défi et un privilège que d'être membre à part entière d'une équipe.

Le Musicien du Lac des Grues

Le Musicien du lac des grues - Histoire Taoïste
Wen Rouchoun descendait d’une vieille famille de lettrés du Shanxi. Dès son enfance il était pris de passion pour la Musique. Il finit même par délaisser l’étude des classiques pour aller prendre des cours auprès des maîtres de musique parmi les plus réputés de la province. Il passait ainsi la plus grande partie de son temps à s’exercer au Luth. Au grand dam de ses parents, il échoua aux examens de mandarin. Ne pouvant plus supporter les reproches de son père, il s’enfuit un beau jour d la demeure familiale. Il se mit à gagner sa vie comme musicien ambulant.
Un soir alors qu’il jouait sur la place d’un village Wen Rouchoun aperçut dans a foule des badauds un vieux taoïste, vêtu d’une robe de grosse toile rapiécée, appuyé sur une canne en bambou et qui portait en bandoulière un sac où l’on devinait la forme d’un Luth. Le vieillard prêta l’oreille au concert un court instant puis reprit la route. Après avoir fini son morceau, le jeune lettré couru derrière lui et l’aborda en ces termes:
- Pardonnez mon audace, ô vénérable, mais puisque vous semblez être vous aussi musicien, j’aimerais entendre votre avis sur mon jeu et recevoir vos conseils.
Le vieux taoïste eut une moue embarrassée avant de répondre:
-Vous ne manquez pas de talent et d’habileté pour produire des jolis sons. Votre musique réjouit peut-être l’oreille de quelques villageois mais je ne crois pas qu’elle puisse charmer les oiseaux!
Et sans rien ajouter, le solitaire continua son chemin.
Confus et intrigué, Wen Rouchoun suivit de loin le Taoïste, dans l’espoir de l’entendre jouer à une prochaine halte, curieux de savoir quelle musique il faisait. À la tombée de la nuit, le vieux s’arrêta dans une clairière et sortit l’instrument de son fourreau. Le jeune lettré resta caché dans les buissons, impatient de l’écouter. Dès que les cordes du Luth vibrèrent, une mélodie d’une beauté ineffable se déploya. Une brise parfumée fut frémir les feuilles des arbres et deux grues blanches, pareilles à deux esprits féeriques se posèrent dans la clairière avec une grâce infinie. Modulant leurs chants en accord avec la musique, elles déroulèrent une danse nuptiale fantomatique dans la lumière dorée du crépuscule. Aux dernières notes de la mélodie, les grues s’envolèrent et disparurent dans le soleil couchant. Le lettré se précipita alors au pied du vieil homme et le supplia de lui enseigner son art.
Le jeune musicien marcha ainsi sur les traces de l’ancien. Celui-ci lui apprenait des airs, les lui faisait répéter, le corrigeait, tour à tour patient, irascible ou ironique, toujours avare de compliment.
Au bout de quatre années de commune errance, le maître de musique dit à son disciple:
-Je n’ai plus rien à t’apprendre. Tu sais jouer, tu connais les modes et les rythmes, tu as la technique, tes doigts sont agiles. J’ai essayé de te faire pénétrer au cœur de notre art, mais mais tu n’en as touché que l’écorce. Le pas décisif, tu dois le faire seul. Cherche et quand tu penseras l’avoir atteint,viens me retrouver. Je t’attendrais dans la grotte de la Source de Jade, sur le Mont des Trois-Pics.
Et leurs chemins se séparèrent. Trois ans passèrent. Par une belle journée, au cœur de l’été, Wen Rouchoun se présenta devant la grotte où son maître l’attendait.
-Alors, tu pense avoir franchi le seuil...
-Il me semble bien, Maître. J’ai joué l’autre jour dans le palis d’un préfet. C’était une mélodie du mode Chang, celui de l’automne. Un vent frais s’est engouffré dans la salle, des feuilles mortes y ont tourbillonné et des larmes ont coulé sur les joues de l’auditoire.
-Eh bien suis-moi et montre moi. Quand le chemin est découvert, l’artiste véritable peut le retrouver à sa guise.
Et le Maître entraîna son disciple près du lac de la paix céleste. Ils s’installèrent sur un rocher, surplombant les eaux tranquilles où le ciel semblait jaillir des profondeurs de la terre.
-Joue moi quelque chose dans le mode You.
Wen Rouchoun prit son Luth, l’accorda et improvisa une mélodie. Soudain le vieux taoïste entra dans une violente colère:
-Je n’entendes que des notes, mais pas de musique! Au palais du préfet, tu as du te laisser abuser par les apparences, aveuglé par ton orgueil! Il arrive qu’en été des feuilles grillées par la sécheresse tombent des arbres et c’est un courant d’air qui a du faire pleurer les yeux de ton auditoire. Mais ici, il ne se passe rien! Tu joues le Mode de l’hiver, mais où est le vent glacé? L’eau du Lac a-t-elle gelée, la neige s’est-elle mise à tomber? Tu ne joues qu’avec tes doigts, ton cœur est plus dur que ce rocher, la musique du Tao ne pourra jamais y couler!
Et le Maître arracha le Luth des mais de son élève, le fracassa contre le rocher. Quand l’instrument se brisa, faisant résonner une plainte déchirante, ce fut comme si le cœur de Wen Rouchoun se fendit en deux. Il pleura et resta prostré, secoué de sanglots. Il pleura toute la nuit en serrant dans ses bras son Lut brisé et ne s’endormit qu’aux première lueurs de l’aurore. En fin de matinée, le vieux taoïste réveilla son disciple et l’entraîna de nouveau au bord du Lac. Il le fit s’asseoir sur le rocher, lui tendit son propre Luth et lui dit:
- Essaie encore une fois. Ce sera la dernière. L’échec de l’élève est aussi celui du Maître. Si tu échoues, je me jetterais dans les eaux du Lac.
Et le maître descendit sur la rive. Les yeux rougis, le coeur débordant d’un désespoir infini, Wen Rouchoun pinça de nouveau les cordes dans le mode You. Peu à peu, un vent glacé se mit à gémir, faisant frissonner la surface du lac. Le musicien apperçut la silhouette de son maître qui marchait sur les eaux. Il comprit alors que lac avait gelé. Il avait réussi. Il esquissa un sourire et sa main resta au dessus des cordes.
-Attention! mugit dans le vent la voix du vieux taoïste, continue, sinon je vais me noyer! Et gardes mon Luth, c’est mon cadeau d’adieu! Tu en auras besoin pour enseigner notre art!
Wen Rouchoun se remit à jouer. Il entendit alors un battement d’ailles. Là où marchait à l’instant son maître sur le miroir du lac il ne vit plus qu’une grue blanche qui prenait son envol. Elle disparut au dessus des trois pics enneigés avec des cris qui ressemblaient à des rires.

Le Rêve du Papillon

Le Rêve du Papillon
Par un bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s’était aventuré sur les sentiers escarpés de la Vallée profonde où un vieux sage dénommé Tchouang-tseu  avait élu domicile. 
Le jeune mandarin, brillant lettré fier d’avoir passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprès du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l’espoir de respirer l’effluve de l’Indicible.
La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et découvrit Tchouang-tseu endormi à l’ombre d’un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et le sage ouvrit les yeux.
-Ô Maître, pardonnez moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin pour vous interroger sur le Tao.
-Je ne sais pas si je pourrais répondre, répondit Tchouang-tseu en se frottant les yeux.
-Vénérable, votre modestie vous honore.
-Cela n’a rien à voir, non. A vrai dire je ne sais plus rien, je ne sais même plus qui je suis !
-Comment est-ce possible demanda le mandarin interloqué.
-Oh c’est très simple, reprit le vieux Taoïste, l’air songeur. Figurez vous que tout à l’heure en dormant, j’ai fait un rêve étrange. J’étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-seu ayant rêvé qu’il était un papillon ou un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu !
Et le conseiller du Roi de Wou, bouche bée, s’inclina profondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l’espoir d’en tirer le suc.

Le Voleur de Hache.

le conte du voleur de hache
Un paysan, qui avait du bois à fendre, ne parvenait plus à mettre la min sur sa cognée. Il arpentait de long en large sa cour, allait jeter un œil furibond du coté du billot, de la remise, de la grange, rien à faire. Elle avait disparue sans doute volée! Une hache toute neuve qu'il avait acheté avec ses dernières économies ! La colère, cette courte folie, débordait de son cœur et teintait son esprit d'une encre aussi noire que la suie.
Il vit alors arriver sur le chemin son voisin. Il lui trouvait la démarche de quelqu'un qui 'avait pas la conscience tranquille. Son  visage laisser transpirer une expression de gène comme le ferait celui du coupable face à sa victime. Son salut était emprunt d'une fourberie de voleur de hache. Et quand l'autre ouvrit la bouche pour lui débiter des banalités météorologiques d'usage entre voisin, sa voix lui était assurément celle d'un voleur de hache flambant neuve !
N'y tenant plus, notre paysan franchit son porche à grandes enjambées pour aller dire son fait à ce maraudeur qui avait l'audace de venir le narguer ! 
Mais il se prit les pieds dans une brassée de branches mortes qui gisaient au bord du chemin. Il trébucha, s'étranglant avec la bordée d'insultes qu'il destinait à son voisin, et il s’étala le nez contre le manche de sa cognée qui avait du tomber tout à l'heure de sa carriole !
Son voisin accouru et tendit la main au malheureux qui était au sol.

La Pilule de l'éveil.

Les Contes de Terre Spirituelle - la pilule de l'éveil- les deux immortels

Le préfet Dong venait tout juste de passer la quarantaine quand une fièvre maligne l'emporta en quelques jours.Le malheur semblait s'acharner sur sa demeure car sa première épouse était morte en couches l'année précédente sans que l'enfant survive et il laissait maintenant une jeune et tendre beauté fraîchement épousée. Le visage creusé par le ruissellement des larmes, elle passa le jour et la nuit à veiller, prostrée près du corps, doublement étouffée par le chagrin. Elle était séparée d'un homme rare, d'une bonté et d'une vertu exceptionnelles. Et il était parti avant qu'elle puisse lui donner une descendance. Il y a en effet pas plus grand malheur pour un chinois que de ne pas avoir de successeur pour continuer le culte des ancêtres et de ne plus pouvoir ainsi continuer à améliorer leur sort dans l'Autre monde!
Alors que les premiers rayons du soleil filtraient à travers les stores, le cadavre fit entendre des gémissements. La jeune veuve se réveilla en sursauts et, affolée poussa un cri, croyant avoir affaire à un phénomène de possession ou à quelque maléfice. Sous les yeux ébahis de la maisonnée accourue au grand complet, le corps du préfet remua les lèvres et, dans un murmure, réclama à boire. C'était bien la voix, l'intonation du maître de maison. Après avoir bu un thé au ginseng, le mandarin ressuscité se redressa sur son lit de mort et demanda que quelqu'un prenne des notes car il avait un rêve bien étrange à raconter. Il vida encore la moité d'un bol de soupe et, bien calé contre des coussins, il commença son récit, entrecoupant sa narration par la dégustation de quelques gorgées de potage:
- Cette nuit, à la troisième veille, une voix venant du dehors m'a appelé par mon nom. Je suis sorti sur la véranda en enjambant le garde qui dormait à poings fermés. J'ai aperçu alors dans le jardin un inconnu en habits de haut fonctionnaire qui se tenait près d'un char où étaient attelés des chevaux dont les robes blanches scintillaient sous l’œil froid de la lune. Il m'a dit qu'il avait une convocation officielle à mon nom, puis, d'une poigne de fer, m'a pris par le bras pour me faire monter dans le char qui s'est élancé aussitôt avec la vigueur d'une bourrasque. Nous avons franchi le portail de la préfecture qui était grand ouvert et nous avons roulé dans l'obscurité à un train d'enfer. 
Les ombres des arbres ont dansé à une allure vertigineuse autour de nous, puis nous avons étés avalés par un brouillard laiteux, irisé par la lumière de l'astre nocturne. Les lambeaux de brumes se sont déchirés contre d'imposantes murailles qui ceinturaient une ville immense, apparemment la capitale d'un royaume lointain. Après avoir longé le mur d'enceinte aussi gris que le fer, nous sommes arrivés devant une porte rouge sang. Elle était flanquée de deux tours surmontés de pieux où étaient accrochées des têtes de morts et des peaux humaines fraîchement écorchées qui claquaient au vent comme des étendards. A notre approche, les deux battants se sont ouverts dans un grincement sinistre. La ville était quadrillée de grandes artères qui délimitaient une multitude de quartiers, palais, temples et bâtiments officiels. Le chars'est arrêté dans la cour de l'un d'eux et, après m'avoir fait monter un escalier monumental, mon guide m'a conduit dans une salle d'audience où siégeaient trois juges. 
"Greffier, a aboyer l'un d'eux, apportez nous le registre noir à la page du dénommé Dong, exerçant la fonction de préfet dans l'empire du milieu !"
Au bout d'un temps excessivement long, même en matière de bureaucratie, la voix du juge a déchiré le silence: 
"Greffier! Que se passe-t-il? vous êtes vous endormi le nez sur le registre?
- Veuillez m'excuser, votre honneur, je ne trouve pas mention du dénommé Dong!"
Le Magistrat a fait un moulinet avec sa longue manche, trahissant quelque peu son impatience, et a repris d'une voix condescendante :
"Faites un peu preuve d'initiative mon ami ! nous perdons un temps précieux. Le tribunal est engorgé ces temps-ci. Allez donc chercher le registre rouge, ceui des cas litigieux."
 Le greffier a rapporté un nouveau livre qu'il s'est empressé de feuilleter et, soudain, il s'est exclamé:
"Il est bien consigné ici ! Dong, préfet de l'empire du milieu. Homme vertueux, d'une compassion et d'une droiture exemplaires. Cas d'espèce rarissime dans l'administration de la dynastie actuelle. A fait beaucoup de bien autour de lui, a aider beaucoup de monde sans distinction de rang ni de richesse. Meurt dans sa quarantième année, sans laisser de descendance."
Les juges ont parlé à voix basse un moment, puis le président du tribunal à déclaré sur un ton solennel: 
"Il doit y avoir un erreur, il s'agit sans doute d'une négligence d'un fonctionnaire d'un fonctionnaire de l'état civil du destin. Quelle injustice ! Un homme aussi méritant qui meurt dans la force de l'age sans avoir pu perpétuer sa lignée ! Cela constitue un mauvais exemple pour les autres humains. Ce n'est pas du tout encourageant pour ceux qui veulent faire le bien. Nous allons déposer une requête auprès de sa majesté Yan Lo. Affaire suivante !"
Je me suis alors tourné vers mon guide qui était resté à mes côtés pour lui demander: 
"Pardonnez ma curiosité, mais ne serait-ce pas l'un des tribunaux es enfers? Si je comprends bien, je suis donc mort?"
Il m'a posé la main sur mon épaule et m'a répondu avec un grand sourire:
"Ne vous inquiétez-pas, tout va bien. Votre affaire est entre de bonnes mains. Vous êtes tombés sur le meilleur des vingt-quatre tribunaux infernaux. Des juges intègres et bienveillants. Comme vous êtes dans le registre rouge, celui des hommes vertueux en situation irrégulière, et comme il n'est pas besoin de papier monnaie, ni d'encens, ni de libation pour influencer les magistrats, vous avez toutes les chances de rentrer chez vous."
Pendant ce temps, on avait emmené un mandarin qui portait la tenue vermillon et les disques de jade d'un haut dignitaire de la cour impériale.
"Greffier, a ordonné le juge, instruisez nous sur l'identité et le passé terrestre du prévenu."
Le scribe a ouvert le registre noir et n'a pas tardé à lire la note suivante:
"Chen Li, Ministre de la Justice de l'empire du milieu. Après avoir intrigué pour écarter injustement ses collègues afin de prendre leur place, a profité de sa charge pour s'enrichir et étendre son pouvoir sans scrupule. Coupable de corruption, enlèvements, faux-témoignages, luxure, actes de torture et condamnation d'innocents. Il meurt dans son lit sans manifester le moindre remords."
Les juges ont délibéré et l'un d'eux a lu la sentence suivante :
"Le dénommé Chen-Li, ayant déshonoré la tache sacrée qui lui était confiée par le Fils du Ciel, est condamné à subir à son tour toutes les formes de supplices qu'il a fait subir à ses semblables. Il sera détenu pendant quatre cycles célestes dans la geôle neuf fois obscure des enfers afin de purifier son esprit par les cinq éléments. Il devra ensuite se réincarner sous la forme d'un chien, puis sous celle d'un âne, et, enfin dans une famille misérable."
Le ministre a protesté énergiquement, clamé son innocence, invoqué l'erreur judiciaire, braillé qu'il voulait faire appel, menacé les juges. Des gardes, des démons à tête de cheval, de porc et de reptiles ont fait irruption dans la salle, ont ligoté le forcené et l'ont bâillonné. L'un des juge s'est alors adressé au condamné en ces termes:
"Sachez que tous vos faits et gestes ont été scrupuleusement noté dans nos registres et que rien de ce qui ne se passe dans le monde des humains ne peut nous échapper. La liste de vos crimes et délits, fort longue, a été minutieusement vérifiée, et voila pourquoi votre instruction a duré près d'un an. Sachez également que la justice du royaume des ténèbres est implacable mais impartiale. Tout mérite est tôt ou tard récompensé, toute faute est immanquablement sanctionnée. Et pour vous rafraîchir la mémoire et faire cesser vos récriminations, que l'on apporte le miroir de la Vérité." 
Un assistant a sorti d'un coffre ouvragé, une psyché (un miroir sur chassie que l'on peut faire pivoter) où le condamné a visualisé avec effroi tous les crimes odieux dont il était responsable.
Puis, d'un revers de manche, le juge a congédié les gardes qui ont fait sortir les prisonniers sans ménagement.
Sur ces entrefaites, un messager est arrivé. Il tenait un rouleau qu'il a remis au président du tribunal, qui s'est empressé de le déroulé. Après m'avoir fait signe d'approcher, le Magistrat a déclaré:
"Sa majésté Yan Lo, le Roi des enfers, a fait remonté votre dossier jusqu'aux mains augustes de l'Empereur Céleste en personne. Sa sérénissime grandeur, dans sa grande bienveillance, a décidé de vous permettre de retourner dans votre précédente incarnation pour deux cycles duo-décennaux terrestres de plus et elle vous accorde une digne descendance."
Il se montrait impulsif et arrogant, n'hésitait pas à tenir tête à son père qui finissait toujours par céder, comme le font souvent les parents pour un enfant longtemps désiré. Le jeune homme échoua à plusieurs reprises aux examens de lettré au grand désespoir de son père. Ce Don du Ciel était devenu au fil du temps un cadeau empoisonné!
Le préfet, quand à lui, fut victime de sa noblesse d'âme. Il ne sut pas contrer les médisance de ses collègues et tomba en disgrâce. Nommé à quelque poste obscur dans une province excentrée, il perdit son train de vie. Son fils prodigue acheva de le ruiner en laissant des sommes considérables dans les tripots. Vingt-quatre ans après sa singulière résurrection, comme il avait été annoncé dans son rêve, le fonctionnaire Dong passa pour de bon de vie à trépas. Don du Ciel devenu chef de famille, tenta de se réformer. Trop pauvre pour reprendre ses études, il chercha du travail, mais sa mauvaise réputation était telle que personne  ne voulut l'engager. Une nuit d'insomnie, alors qu'il arpentait les rues en proie au désespoir, il croisa au clair de Lune un homme aux cheveux blancs qui marchait avec une canne et qui avait l'allure d'un maître Taoïste. L'inconnu l'appela par son nom et, en le fixant de ses yeux impénétrables , lui dit:
- Votre Père, le préfet Dong m'a autrefois sauvé la vie. Mon nom est Tan Jin Xuan.
Allez dans la capitale du Shanxi rendre visite de ma part à la famille Hoang. Elle cherche un précepteur pour son fils. Vous rencontrerez là-bas une noble jeune fille. Elle se nomme Fleur de Jade. Je suis son Père. elle vous est destinée et vous portera chance. Je serais très honoré que vous acceptiez qu'elle partage votre natte. Don du Ciel resta songeur un moment, les yeux dans le vague. Puis il chercha du regard l'ancien pour le remercier, mais son bienfaiteur avait déjà disparu, avalé par l'obscurité de la ruelle.
Le préfet Dong, qui racontait cette histoire d'une voix faible et tremblante, se passa la main sur les yeux et murmura cette phrase avant de s'endormir d'un profond sommeil :
- J'ai alors perdu connaissance et je me suis réveillé à l'instant dans mon lit.
 
 Quelques semaines plus tard, la jeune épouse du Préfet sut qu'elle était enceinte et, un an après la curieuse maladie de son époux, elle mit au monde un charmant garçon qui, selon les dires du devin, portait les signes d'une haute destinée. Et en souvenir de l'étrange rêve du père, l'enfant fut appelé "Don du Ciel". Le Préfet Dong s'attacha à transmettre à son fils le culte de l'étude et de la vertu. Mais toutes les qualités ne sont pas héréditaires. Don du Ciel, quoi que fort doué, négligeait la fréquentation des classiques où il s'acoquina avec des poètes libertaires et des joueurs incorrigibles.
Le jeune homme prit le chemin du Shanxi. Se recommandant du vieillard, il fut introduit dans la riche famille Hoang. Celle ci s'étonna cependant qu'il ait rencontré le vieux Tan qui, désabusé par ce monde impermanent, s'en était allé un jour en direction de quelque montagne sacrée, refuge des Immortels. N'ayant aucune nouvelle de lui, on le considérait mort depuis longtemps. Et par pudeur, Don du Ciel n'évoqua pas les dernières paroles du vieil homme concernant sa fille fleur de Jade.
Les mois passèrent. Le jeune Lettré, qui ne voulait pas décevoir ses hôtes, se montra fort respectable et d'un grand sérieux dans sa tâche de précepteur. il fut très estimé et parut un gendre tout à fait convenable pour la jeune fille de la maison qui portait des épingles à cheveux, signe quelle était en âge de se marier. Elle se prénommait Phénix et répondait en tout points aux canons de la vertu et de la beauté féminine de ces temps révolus. Elle était douce et vive, patiente et attentionnée. Elle avait la grâce du saule. Sa peau était aussi délicate et parfumée que la chair d'une pêche blanche. Ses lèvres étaient un écrin de soie pourpre qui rehaussait l'ivoire exquis de ses dents. Ses yeux brillaient comme deux perles noires du trésor du roi Dragon des mers du Sud. Les jeunes gens semblaient éprouver une attirance réciproque et s'entendre à merveille. Les parents firent des sous-entendus appuyés, dans la limite des convenances, mais malgré tout, Don du Ciel faisait a sourde oreille. Il avait en tête les paroles du vieux Tan au sujet de sa fille.
Un soir, au cours du souper alors que la question du mariage était évoquée à mots couverts mais de façon très appuyée et très explicite, le jeune homme, ne voulant pas offenser ses hôtes, leur avoua son secret. Cela eu pour effet de déclencher un éclat de rire général. La belle Phénix s'exclama:
- Sachez que Tan Jin Xuan est mon père ! Mon nom de naissance est fleur de Jade. Après la ruine de notre famille et la mort de ma mère, mon père, trop pauvre pour m'élever décemment, m'a confié à son cousin Hoang qui m'a adopté. Et pour écarter le malheur qui s'était abattu sur les miens, il a changé mon prénom. Notre mariage est donc prédestiné !
Et au jour faste calculé par l'astrologue, les noces furent célébrées en grande pompe. Grâce à sa nouvelle position sociale, Don du Ciel put reprendre ses études et passer les examens. Il fut premier au grade de licencié au niveau provincial et partit tenter sa chance à la capitale au concours du doctorat mandarinal. Il remporta l'épreuve avec les félicitations du Jury et obtint un poste au Palais Impérial. Bien noté par ses supérieurs, il eut rapidement de l'avance et fut remarqué par le Fils du Ciel qui ne tarda pas à lui confier le Ministère de la Justice.
Tout était allé si vite quel'ivresse du pouvoir s'empara de Don du Ciel. Son ancienne arrogance refit surface et il était habité par la soif de vengeance de sauver l'honneur familial. Il entreprit de persécuter le intrigants qui avaient autrefois calomnié son Père et tous ceux qui avaient l'audace d'évoquer ses frasques passées. Il les fit destituer, condamner à l'exil ou à de lourdes peines. Beaucoup furent acculés au suicide. Hanté par la peur des complots et visant le poste de premier ministre, il entretenait un réseau d'informateurs et de sbires qui œuvraient dans tous les milieux n'hésitant pas à recourir à la corruption, au chantages et aux manipulations de toutes sortes.
Le jeune ministre de la justice était devenu rapidement un vieux renard de la politique. Son influence s'infiltrait partout, jusque dans le gynécée impérial. Il était sur le point d'obtenir la place qu'il convoitait. Et, pour donner le change, habile à manier la rhétorique mandarinale, il parlait avec la plus extrême humilité. En outre, avec la plus parfaite hypocrisie, il refusait tout signe de luxe trop apparent, en dehors de ceux exigés par le protocole, multipliait ostensiblement les actes de charité et de dévotion.
Un jour, un mendiant en haillon se présenta à la porte du Palais de Don du Ciel et demanda audience. Les gardes l'éconduisirent sans ménagement, mais le gueux, apercevant le ministre qui traversait la cour pour monter sur son char, l'interpella en ces termes :
- Oh don du Ciel, c'est moi, ton vieil ami ! Tes fiers-à-bras refusent de m'écouter ! 
Le dignitaire se retourna en direction du portail, écarquilla les yeux et fit signe aux soldats de chasser l'intrus. Mais le gueux s'égosilla :
- Oh, dis donc, fils du préfet Dong, quel prétentieux tu fais ! Tu refuses de recevoir les vieilles connaissances? Une si profonde amitié reniée parce que monseigneur porte maintenant une robe de satin rouge et une ceinture de Jade ! Tu étais moins fier quand nous buvions coudes à coudes en chantant des poèmes !
Croyant avoir affaire à l'un de ses anciens compagnons de beuverie et voulant éviter un scandale, le garde des Sceaux de l'empire du milieux ordonna aux sentinelles de laisser le fâcheux approcher. Il pensait se débaraser de lui avec quelques taels. Il vit venir à lui un homme singulier qui s'appuyait sur un bâton neuf fois tordu. Son visage buriné, où trônait un large front dégarni, arborait une barbiche poivre et sel qui avait l'allure d'un vieux chasse-mouches. il portait une robe délavée et un bonnet fatigué et posé de travers sur la broussaille de ses cheveux où la grisaille des ans se mellait à la poussière des grands chemins. Son excellence Don du Ciel resta un moment interdit. Il dévisagea l'intrus sans le reconnaître mais son regard lui rappelait vaguement quelque-chose. L'inconnu ricana et dit :
-Comme ce monde fugitif est propice à l'oubli ! Te voila dans cette existence en bien fâcheuse posture. Tu n'es pas prêt de rentrer dans notre chère partie. Ah ça non, tu as pris une bien mauvaise direction ! Tu peux remercier ton vieil ami de venir à ton secours. J'ai heureusement trouvé le chemin. Il faut dire que j'ai consacré les deux tiers de cette vie à le chercher. Mais ne restons pas là. Les inspecteurs de l'Empereur de Jade pourraient me repérer ! L'étrange mendiant tourna la tête à droite et à gauche, prit le ministre par le bras et l’entraîna sous la véranda du Palais puis reprit :
- Tout va bien, ils ne sont plus dans les parages, avec ce déguisement ils ne m'on pas reconnu. Eh, eh, vieux frère, il faut dire que je prends des risques au nom de notre grande amitié. J’enfreins pour toi un règlement céleste. Je n'ai, en principe, pas le droit de t'aider. Mais j'ai hâte que tu t'éveille à la réalité, que tu sortes la tête de l'eau boueuse de l'illusion et que tu accomplisse ta mission. Sinon, il te faudrait plusieurs vies avant que nous puissions à nouveau festoyer au banquet des Immortels. Et là haut, sans toi, je finirais par m'ennuyer ! Le ministre laissa parler cet extravagant, le prenant pour un pauvre fou. Il ne voulait pas le contrarier, moins par peur d'un esclandre que par compassion. L'original sortit une petite boite de son sac, en tira avec ses doigts crasseux une perle vermeille et continua :
-Tu vois, je l'ai fabriqué pour toi avec mon fourneau alchimique. c'est une pilule de l'éveil. Elle est du cinabre le plus pur. Prends là et l’œil de ton esprit s'ouvrira.
Don du Ciel balbutia un refus poli. L'autre s'exclama:
- Tu es trop bête. Ton esprit est-il à ce point embrumé pour ne pas suivre le conseil de ton vieil ami? Allez, avale!
Et profitant du rictus de dégoût qui entrouvrait la bouche du ministre, il lui mit la pilule sur la langue. Celle ci fondit aussitôt et son effet ne tarda pas à se faire sentir. don du Ciel cru que la foudre s'était abattue sur le sommet de son crane. Il eut la nette impression de sortir d'un rêve éveillé. Et tout devint clair, lumineux, limpide, comme du cristal de roche. il sut qui il était en réalité et ce qu'il était venu faire ici-bas. Il reconnu son ami. Tous les deux se regardèrent et explosèrent en un rire tonitruant. Les larmes aux yeux, ils s'étreignirent longuement. Puis le Ministre prit son vieux compagnon par l'épaule et le conduisit dans ses appartements. Ils passèrent la nuit à boire et à se remémorer leur vie au Palais de Jade, le plus plaisant séjour des bienheureux. Les fruits de la terre, même savamment distillés, ne pouvaient effacer le parfum subtil que l'Ambroisie divine et les Pêches d'Immortalité avaient laissé au tréfonds de leurs âmes.
Don du Ciel et son ami avaient été de jeunes Immortels attachés au service de l'Empereur Céleste. Le Ministre était chambellan à la cour, le Taoïste échanson. Là haut, tous deux s'étaient souvent enivré plus qu'il n'y convient et s'étaient attardés à lutiner à plusieurs reprise quelques vierges célestes, suivantes de l'Impératrice de Jade. Leur service divin s'en était ressenti. L'Empereur indigné, les avait exilés du séjour des bienheureux et condamnés à s'incarner dans le monde des mortels afin d'y accomplir une tâche sacrée. Ils ne remonteraient que quand elle serait accomplie. Le chambellan avait pour mission de conseiller le fils du ciel afin de restaurer l'amour et la vertu parmi les fonctionnaires de l'empire du milieu. L'échanson devait mener trois douzaines d'homme jusqu'à l'union ultime au Tao. ce dernier avait achevé son labeur et, avant de regagner le palais de Jade, il avait voulu venir en aide à son ami qui, ayant été contaminé jusqu'ici par le puissant poison des passions humaines, aurait eu encore à errer longtemps, de vie en vie dans ce mode illusoire.
Après la visite du mendiant, Don du Ciel renonça à ses manigance et exerça dignement sa fonction. Écartant les mandarins corrompus, faisant la chasse au favoritisme et à l'ambition, il réussit à rehausser l'édifice de la magistrature avec le ciment de l'intégrité et la charpente de l'équité. par pur mérite, sans intrigue aucune, il fut nommé Premier Ministre. Et il garda ce poste sous le nouvel Empereur. Grâce à son influence, l'Empire du milieu fut, pour des décennies, un sanctuaire de justice, de prospérité. Et un souffle d'harmonie Céleste y fit flamboyer les peintres, les musiciens et les Poètes. Don du Ciel avait fini par rendre son nom véridique. Sa mission était accomplie en une seule vie.
Ainsi le chambellan retrouva son ami et sa fonction à la cour céleste. Son aventure terrestre avait condensé dans son esprit quelques gouttes de sagesse et il ne tarda pas à obtenir de l'avancement. D'après certains médiums, il serait aujourd'hui ministre et son épouse, fleur de Jade, l'aurait rejoint dans ses appartements stellaires qui donnent sur les rives du fleuve argenté, l'un des noms chinois qui désigne la voie lactée.

 

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